À l’occasion d’une session du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, tenue à Genève le vendredi 2 octobre 2026, Maître Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a dénoncé la dégradation de la situation des droits humains en République démocratique du Congo. Son intervention a porté aussi bien sur les territoires affectés par le conflit armé que sur les restrictions de l’espace civique dans les zones sous contrôle gouvernemental.
« La République démocratique du Congo est un pays en guerre. Une guerre injuste lui imposée par le Rwanda. Une guerre que nous dénonçons au vu de nombreuses violations des droits de l’homme qui y sont commises », a déclaré Maître Jean-Claude Katende devant le Conseil des droits de l’homme.
Le président de l’ASADHO a appelé les États membres à porter une attention particulière aux conséquences du conflit sur les populations civiles, mais aussi aux atteintes aux libertés fondamentales dans les zones sous administration gouvernementale.
Dans les territoires affectés par le conflit, les civils particulièrement exposés
Dans les territoires occupés par l’AFC/M23 avec le soutien du Rwanda, l’ASADHO se dit préoccupée par les violences commises contre les civils, en particulier les femmes et les enfants.
L’organisation évoque des violations des droits humains par les forces impliquées dans le conflit, en dépit des engagements contenus dans l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda.
« Notre organisation reste préoccupée par les exactions commises contre les civils, particulièrement contre les femmes et les enfants, par toutes les forces impliquées dans les conflits armés », a affirmé Maître Jean-Claude Katende.
Il a également dénoncé le harcèlement dont seraient victimes des journalistes et des défenseurs des droits humains de la part des éléments du M23/AFC. Selon lui, certains ont perdu la vie, tandis que d’autres ont été contraints de fuir vers d’autres villes du pays ou à l’étranger.
L’ASADHO a, par ailleurs, alerté sur la recrudescence des violences sexuelles et des violations des droits humains liées à l’exploitation illégale des ressources naturelles.
L’espace civique également sous pression dans les zones gouvernementales
Au-delà des territoires affectés par le conflit, l’organisation a dénoncé les restrictions de l’espace civique dans les zones sous contrôle du gouvernement congolais.
« Notre organisation reste préoccupée par la restriction de l’espace civique, marquée par des atteintes régulières à la liberté d’expression, de réunion et de manifestation pacifique », a déclaré le président de l’ASADHO.
À titre d’exemple, il a cité la dispersion de deux manifestations de l’opposition, les 12 juin et 15 septembre 2026, qui auraient fait plusieurs blessés. Dans d’autres villes du pays, certaines manifestations auraient été interdites.
L’organisation s’est également inquiétée des arrestations et détentions qu’elle qualifie d’arbitraires, imputées à l’Agence nationale de renseignements (ANR) et aux services de cyberdéfense.
Le débat constitutionnel, une source d’inquiétude
L’intervention a aussi porté sur le projet de loi référendaire en discussion au Parlement et sur les intentions prêtées aux autorités congolaises de modifier la Constitution.
« Dans un pays déjà divisé par la guerre, la loi référendaire actuellement en discussion au Parlement et les velléités des autorités congolaises de changer la Constitution sont un sujet de grande inquiétude », a prévenu Maître Jean-Claude Katende.
Selon lui, de telles initiatives pourraient aggraver les tensions dans le pays et provoquer de nouveaux troubles sociopolitiques.
L’ASADHO appelle à soutenir la société civile et à ouvrir l’espace civique
Face à ces préoccupations, Maître Jean-Claude Katende a exhorté les États membres à renforcer leur soutien financier aux activités de la société civile, notamment celles consacrées à la protection des défenseurs des droits humains.
« Nous appelons les États membres à renforcer leur soutien financier aux activités de la société civile et à la protection des défenseurs et des membres des organisations de défense des droits humains », a-t-il plaidé.
Il a également demandé au Conseil des droits de l’homme d’exiger des autorités congolaises l’ouverture de l’espace civique.
À Genève, l’ASADHO a ainsi porté un plaidoyer couvrant deux fronts : la protection des populations civiles dans les zones de conflit et la préservation des libertés publiques dans les territoires sous administration gouvernementale.
Junior Ngandu