RDC : L’Union sacrée de Félix Tshisekedi muscle sa cohésion en vue des prochaines batailles



Sous les lustres du centre culturel et artistique de Kinshasa, la coalition présidentielle a tenu son deuxième congrès extraordinaire. Officiellement, il s’agissait d’adopter une nouvelle charte et un règlement intérieur. En réalité, l’événement avait valeur de démonstration de force pour une Union sacrée de la Nation (USN) qui, forte de sa majorité écrasante au Parlement, entend verrouiller son appareil politique et préparer les enjeux à venir.

Une coalition née de la rupture

Créée en décembre 2020 sur les décombres de l’alliance CACH-FCC, l’Union sacrée s’est peu à peu imposée comme la machine parlementaire de Felix Tshisekedi. Elle fédère aujourd’hui plus de 400 élus issus d’une mosaïque de partis : UDPS, MLC, UNC, AFDC, PALU… Une architecture aussi large que fragile, dont l’hétérogénéité fait la force mais aussi la vulnérabilité.

Avec 454 députés et 95 sénateurs (selon les chiffres de décembre 2024), l’USN dispose d’une majorité quasi-absolue. Mais cette domination institutionnelle n’a pas encore dissipé les doutes sur sa cohésion. Le congrès extraordinaire visait justement à réduire les dissonances internes et à donner à la coalition un socle juridique et politique commun.

Tshisekedi en arbitre vigilant

À la tribune, le chef de l’État a multiplié les appels à l’unité et à la discipline. Sécurité dans l’Est, relance économique, emploi des jeunes : les priorités ont été rappelées avec insistance. Mais Félix Tshisekedi a aussi brandi la menace d’une dissolution de l’Assemblée nationale en cas de « dérives », reprenant un avertissement déjà formulé en mai 2024 devant les députés. Une manière de rappeler qu’au sein de l’USN, l’adhésion à la ligne présidentielle n’est pas négociable.

Autour de lui, le gratin politique : Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe, Modeste Bahati, Christophe Mboso, Augustin Kabuya, Sama Lukonde… autant de figures à la loyauté parfois fluctuante, mais qui pour l’heure affichent un front uni.

Unité de façade ou socle durable ?

En adoptant ses nouveaux textes, l’Union sacrée cherche à verrouiller son fonctionnement interne : congrès, présidium, conférence des présidents de partis… tout un appareillage institutionnel pensé pour éviter les éclatements et discipliner les ambitions individuelles. L’absence remarquée de Jean-Marc Kabund, ex-stratège de l’USN tombé en disgrâce, rappelle toutefois qu’en RDC les fidélités sont rarement éternelles.

Le congrès intervient aussi dans un moment charnière : la mise en place du gouvernement Judith Suminwa II et la perspective des futures échéances électorales. Officiellement, la coalition se dit tournée vers les réformes et la stabilité. Officieusement, elle prépare déjà le terrain pour une éventuelle candidature de Félix Tshisekedi.

Les prochains tests

Les réactions, sur les réseaux sociaux notamment, oscillent entre enthousiasme et scepticisme. Julien Paluku a salué un « moment d’unité pour défendre la patrie », tandis qu’André Mbata a exhorté les Congolais à « écrire l’histoire » aux côtés du chef de l’État. Mais dans l’opinion, la question reste entière : l’USN parviendra-t-elle à transformer sa majorité numérique en résultats tangibles sur le plan sécuritaire et social ?

Car au-delà des textes et des discours, c’est dans les Kivus meurtris par les violences, dans les mines de cobalt exploitées à outrance et dans les quartiers de Kinshasa frappés par le chômage des jeunes que se jouera la crédibilité de la coalition présidentielle.

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