Lubumbashi : L’intégration du genre dans la dotation minière de 0,3 % à l’épreuve du terrain

Présenté ce mardi 22 septembre 2026 à Lubumbashi par Maître Jean-Claude Katende, président de l’ASADHO, un rapport d’enquête examine la gestion de la dotation de 0,3 % du chiffre d’affaires de quatre entreprises minières du Haut-Katanga : STL, Ruashi Mining, CDM et MMG Kinsevere. Selon les conclusions présentées, la participation des femmes dans les instances chargées de gérer ces fonds demeure limitée, entre sous-représentation, pesanteurs socioculturelles et absence de politiques formelles d’intégration du genre.

Par Junior Ngandu

Réunis ce mardi 22 septembre 2026 dans la capitale cuprifère, des conseillers communaux et des enquêteurs de terrain ont assisté à la restitution officielle d’un rapport de l’Association africaine des droits de l’homme (ASADHO), présenté par Maître Jean-Claude Katende.

L’étude visait à mesurer le niveau d’inclusion et d’influence des femmes dans la gestion des fonds issus de la dotation de 0,3 % du chiffre d’affaires, destinée au financement des projets de développement communautaire. Prévue par le Code minier, notamment à l’article 285 octies, cette dotation est gérée par un organisme spécialisé selon les modalités fixées par le Règlement minier.

 

Si le cadre légal prévoit une gestion impliquant les communautés locales, les conclusions présentées par l’ASADHO font état de disparités importantes entre les différents organismes spécialisés étudiés.

 

MMG Kinsevere au piquet, STL en demi-teinte

 

Le cas présenté comme le plus préoccupant par les enquêteurs concerne l’organisme de gestion de MMG Kinsevere.

 

Selon le rapport, aucune femme ne siège au sein de son comité de gestion, qui compte 12 membres. Les nominations, centralisées depuis Kinshasa sans concertation locale avec les femmes de la communauté, auraient ainsi laissé peu de place à l’approche genre. Le rapport indique également qu’aucun projet spécifiquement destiné aux femmes n’y a été financé.

 

À l’inverse, la Société congolaise pour le traitement du terril de Lubumbashi (STL) affiche une représentation féminine plus importante, avec quatre femmes sur douze membres, soit 33 %. Selon l’enquête, ces femmes, disposant d’un niveau d’études supérieures, occupent notamment des fonctions liées au secrétariat général, aux finances et à la trésorerie.

 

Toutefois, la direction générale et la supervision technique restent majoritairement occupées par des hommes, tandis que l’influence réelle des femmes sur les décisions finales demeure limitée, selon le rapport.

 

L’enquête relève par ailleurs que, malgré l’identification de projets prioritaires, notamment un hôpital et des forages d’eau, leur mise en œuvre reste en attente du versement effectif des fonds par l’entreprise.

 

Ruashi Mining et CDM : des résultats contrastés

 

Au sein des organismes spécialisés de Ruashi Mining et de la Compagnie minière du Sud-Katanga (CDM), les femmes occupent chacune trois des douze sièges, soit 25 % de la composition. Une femme siège également dans le bureau exécutif de chacune des deux structures, respectivement comme trésorière pour Ruashi Mining et secrétaire pour CDM.

 

La différence apparaît davantage dans le choix des projets financés.

 

À Ruashi Mining, le rapport relève que deux projets sur cinq sont directement consacrés aux femmes. Il s’agit notamment d’un programme d’accompagnement agropastoral, portant sur l’élevage de volailles et les cultures, ainsi que de la construction d’un foyer social destiné à la formation en coupe et couture.

 

À la CDM, en revanche, aucun projet ciblant spécifiquement l’autonomisation ou les besoins des femmes n’a été identifié par les enquêteurs. Les financements portent notamment sur des infrastructures à caractère mixte, comme un centre de rattrapage scolaire dans le quartier Kamatete.

 

Des pesanteurs socioculturelles persistantes

 

L’analyse présentée par Maître Jean-Claude Katende met en évidence plusieurs obstacles à une participation plus importante des femmes dans la gouvernance de ces fonds.

 

Le rapport relève notamment l’absence de politiques de genre formalisées dans les manuels de procédures des organismes spécialisés, le poids des normes sociales limitant le leadership et la prise de parole des femmes, ainsi que le déficit d’accès à l’information et à la formation pour les femmes des communautés locales.

 

Selon les enquêteurs, ces difficultés peuvent également réduire la participation des femmes aux processus de candidature et de désignation au sein des structures chargées de la gestion de la dotation.

 

Les recommandations de l’ASADHO

 

Face à ces constats, l’ASADHO et les auteurs du rapport formulent plusieurs recommandations à l’endroit des différentes parties prenantes.

 

Aux ministères des Mines et des Affaires sociales, ils recommandent notamment de rendre obligatoire l’intégration d’indicateurs de genre dans les manuels de procédures et de conditionner la validation des budgets annuels, notamment les PTBA, à la prise en compte explicite des besoins des femmes.

 

Aux organismes spécialisés chargés de gérer la dotation, le rapport préconise l’instauration d’une politique de genre formalisée, une représentation plus équilibrée des femmes dans les postes stratégiques ainsi que l’organisation régulière d’espaces de consultation communautaire destinés aux femmes.

 

La société civile et les entreprises sont, pour leur part, appelées à renforcer la sensibilisation, à former les femmes des communautés locales sur leurs droits dans le secteur minier et à mettre en place des programmes de mentorat pour accompagner les futures candidates.

 

« La présence numérique des femmes ne suffit pas ; il faut garantir leur participation effective, influente et institutionnalisée à toutes les étapes de la gouvernance minière », conclut le rapport.

 

À travers cette enquête, l’ASADHO entend ainsi replacer la question du genre au cœur de la gouvernance de la dotation de 0,3 %, dont le mécanisme vise à faire bénéficier les communautés locales des retombées de l’activité minière. Le gouvernement lui-même considère cette dotation comme un mécanisme destiné à contribuer au développement des territoires et à l’amélioration des conditions de vie des communautés concernées.

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