À l’occasion de la neuvième édition de la Biennale de Lubumbashi, la plateforme Vision Minière Durable (VMD) a défendu une nouvelle approche de l’exploitation des ressources naturelles en RDC. Présentée par son coordonnateur national, Frédéric Malu, cette vision préconise un meilleur partage de la rente minière, une participation économique accrue des communautés locales et l’utilisation des ressources du secteur pour soutenir le développement et renforcer les capacités nationales de défense.
La question du partage des richesses minières s’est invitée dans les échanges de la neuvième édition de la Biennale de Lubumbashi. Ce dimanche 18 octobre 2026, à l’Institut supérieur des arts et métiers de Lubumbashi (ISAMM), Frédéric Malu, coordonnateur national de la plateforme Vision Minière Durable (VMD), a présenté une réflexion sur les enjeux de l’exploitation minière en République démocratique du Congo.
Devant un public composé d’opérateurs culturels et artistiques de différentes disciplines, dont des visiteurs venus d’Europe, cette présentation a porté sur les mécanismes de partage de la rente minière, le développement local et la protection de l’environnement. La VMD était également représentée par son président du conseil d’administration, le professeur Martin Mpinda, et son chargé de programme, Georges Tshimpuki.
La participation de cette plateforme à la Biennale s’inscrit dans le contexte du thème de cette édition, « Mangeurs des terres », qui interroge les rapports entre exploitation des ressources, territoires et populations. Pour la VMD, cette réflexion offre l’occasion de questionner les bénéfices que les communautés peuvent réellement tirer de l’exploitation des ressources présentes dans leurs milieux de vie.
Les communautés locales au cœur de la gouvernance minière
Au cours de son intervention et de l’interview accordée après la présentation, Frédéric Malu a insisté sur la nécessité de placer les communautés locales au centre des réformes et des décisions relatives au secteur minier.
« Nous nous sommes inscrits depuis un certain moment dans une démarche qui voudrait que les communautés puissent être au centre de tout ce qui se fait. S’il y a une réforme, s’il y a quelque chose qui devrait se faire dans le secteur minier, cela devra mettre au centre les communautés », a-t-il expliqué.
Cette orientation repose sur une interrogation fondamentale : comment faire en sorte que l’exploitation des ressources naturelles produise des retombées économiques et sociales plus importantes pour les populations des communautés impactées.
La présentation rappelle que le Code minier congolais prévoit plusieurs mécanismes destinés à redistribuer une partie de la richesse générée par les entreprises. Il s’agit notamment de la redevance minière, de la dotation minimale de 0,3 % du chiffre d’affaires destinée aux projets de développement communautaire et des cahiers des charges négociés avec les communautés locales affectées par les projets miniers.
Cependant, les données présentées par la VMD soulignent des disparités dans les montants perçus par les différentes entités territoriales décentralisées (ETD). Pour six entités étudiées, les quotes-parts de redevance minière totalisent environ 123,1 millions de dollars, avec des écarts importants entre les bénéficiaires.
Pour la plateforme, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à mobiliser des recettes, mais aussi à garantir une répartition plus équitable des bénéfices et à renforcer les capacités des communautés à participer durablement à la création de valeur.
Le Code minier, un instrument au service du développement et de la défense

La VMD défend également une lecture stratégique du secteur minier. Selon Frédéric Malu, la contribution de cette industrie à l’économie congolaise et au budget de l’État devrait permettre d’envisager une utilisation plus large des ressources mobilisées.
« Nous pensons que la mine, au regard de sa contribution au budget de l’État et aussi au regard de la situation que le pays est en train de traverser, peut servir à changer beaucoup de choses », a-t-il déclaré.
Dans cette perspective, le Code minier ne devrait pas être considéré uniquement comme un instrument de réglementation des activités extractives et de perception des recettes. La VMD estime qu’il pourrait également contribuer à la réalisation de trois objectifs : le développement local, le renforcement des capacités nationales de défense et la préservation des intérêts stratégiques du pays.
Pour Frédéric Malu, le lien entre sécurité et développement est déterminant. Il considère que les conflits et les menaces qui pèsent sur la RDC, constituent des obstacles à la réalisation d’un développement durable.
« On ne peut pas parler du développement dans une situation de guerre ou de conflit », a-t-il soutenu, estimant que les revenus issus des ressources minières peuvent contribuer à mobiliser les moyens nécessaires à la mise en place d’un système de défense efficace.
La vision défendue par la VMD entend ainsi établir un lien entre la valorisation des ressources naturelles, la capacité de l’État à protéger le territoire et les conditions nécessaires au développement économique et social. Cette proposition constitue l’un des axes distinctifs de la plateforme dans le débat sur l’avenir du secteur extractif congolais.
Vers une participation économique directe des communautés
Au-delà des mécanismes de redistribution existants, la présentation de la VMD avance une proposition visant à renforcer la participation des communautés locales au capital des entreprises minières exploitant les ressources de leurs territoires.
Dans un premier temps, la plateforme préconise de réserver une partie de la participation congolaise au capital de ces entreprises à une structure représentant les communautés locales concernées. Un tel dispositif devrait, selon la proposition, reposer sur des garanties de transparence, de représentativité et de bonne gouvernance.
À plus long terme, la VMD envisage la possibilité d’un régime permettant aux communautés directement concernées par un gisement de détenir collectivement un droit ou un titre minier, suivant une logique inspirée des concessions forestières des communautés locales.
Cette approche vise à faire évoluer la place des populations dans l’économie minière : au-delà des bénéficiaires de projets sociaux ou des destinataires de certaines recettes publiques, elles pourraient devenir des acteurs économiques associés à la création de valeur générée par les ressources de leurs territoires.
La plateforme présente plusieurs avantages attendus de cette orientation, notamment le renforcement de l’adhésion des communautés aux projets miniers, une participation durable aux retombées économiques et une meilleure prise en compte de l’ancrage territorial dans la gouvernance des entreprises.
Des recettes minières aux bénéfices concrets pour les populations
La présentation de Frédéric Malu a également abordé plusieurs enjeux de gouvernance du secteur, dont la maîtrise des statistiques de production, la qualité des minerais, l’octroi des licences et des contrats, la gouvernance des entreprises publiques, les études d’impact environnemental et social ainsi que l’exploitation artisanale.
Ces questions renvoient à une préoccupation centrale : la transparence des flux financiers et la qualité de leur gestion doivent permettre de mieux mesurer les bénéfices que le pays et les communautés retirent de l’exploitation minière.
Pour la VMD, la richesse du sous-sol congolais ne peut être considérée comme un facteur de développement que si elle contribue effectivement à améliorer les conditions de vie, à financer les services et les infrastructures nécessaires et à renforcer les capacités nationales.
La question environnementale demeure également essentielle dans un débat ouvert par le thème « Mangeurs des terres ». L’exploitation minière engage non seulement des enjeux de revenus et d’investissements, mais aussi des responsabilités à l’égard des territoires, des communautés affectées et des générations futures.
En prenant part à cette Biennale, la Vision Minière Durable a ainsi porté le débat au-delà du seul cadre économique. Son message met en relation la gouvernance des ressources naturelles, les droits et les intérêts des communautés locales, la protection de l’environnement, la sécurité nationale et les perspectives de développement de la République démocratique du Congo.
Junior Ngandu