Pénurie de carburant à Lubumbashi : L’expert Heradi Yuma avance deux pistes pour expliquer les fermetures de stations

La fermeture de plusieurs stations-service à Lubumbashi et les difficultés d’approvisionnement observées en octobre soulèvent des interrogations sur le fonctionnement de la chaîne de distribution des produits pétroliers. Pour Heradi Yuma, analyste senior et expert du secteur pétrolier en RDC, la baisse des arrivages en amont et les lenteurs administratives dans les dépôts pourraient contribuer à expliquer la situation.

De prime abord, l’expert pose plusieurs questions : Pourquoi plusieurs stations-service ferment-elles à Lubumbashi ? Et pourquoi devient-il de plus en plus difficile pour certains consommateurs de se procurer du carburant ?

En effet, alors que les perturbations de la distribution ont provoqué une hausse du prix de l’essence chez les revendeurs informels, les causes de cette situation demeurent à établir. Heradi Yuma, analyste senior et expert du secteur pétrolier en République démocratique du Congo, avance deux pistes principales : la diminution des arrivages de produits pétroliers via la Tanzanie et les difficultés de sortie des stocks entreposés dans les dépôts congolais.

Dar es Salaam : des arrivages qui auraient diminué

Une partie importante des produits pétroliers destinés à la province du Haut-Katanga transite par le port de Dar es Salaam, en Tanzanie. La régularité des approvisionnements sur cet axe constitue donc un facteur important pour la disponibilité du carburant dans la région.

Selon les informations recueillies auprès d’acteurs du secteur et rapportées par Heradi Yuma, cinq grands navires arrivaient mensuellement en juin et en juillet. Ce nombre serait ensuite tombé à deux en août, avant de remonter à trois en septembre.

Cette diminution des arrivages, note l’expert, pourrait avoir réduit les volumes de produits disponibles sur le marché et compliqué le travail des grossistes chargés d’approvisionner les stations-service.

Certains opérateurs seraient ainsi contraints de répartir leurs stocks entre plusieurs clients ou de limiter les quantités livrées. Des pratiques de rétention de stocks dans l’attente d’une éventuelle hausse des prix sont également évoquées par l’analyste.

La réduction des volumes disponibles, combinée aux difficultés d’approvisionnement, pourrait dès lors accentuer la tension sur le marché local.

Des stocks dans les dépôts, mais des sorties ralenties ?

Le deuxième facteur avancé concerne les formalités administratives nécessaires à la mise en circulation des produits pétroliers stockés en RDC.

Selon l’analyste senior Heradi Yuma, certains opérateurs disposeraient de carburant dans leurs dépôts, mais rencontreraient des difficultés pour obtenir les bons de sortie nécessaires à leur livraison.

Ces retards seraient notamment liés à l’indisponibilité de certains agents ayant fait l’objet de sanctions disciplinaires.

Avant leur distribution, les produits pétroliers doivent satisfaire aux contrôles et aux formalités réglementaires applicables, notamment en matière de marquage moléculaire et de dédouanement. Lorsque ces procédures sont ralenties, les livraisons aux stations peuvent être retardées, même si des stocks sont disponibles dans les dépôts.

La question soulevée par l’analyste est donc celle de l’équilibre entre le contrôle des opérations et la fluidité de l’approvisionnement : comment lutter contre la fraude tout en permettant aux opérateurs en règle d’assurer normalement leurs livraisons ?

Les consommateurs directement exposés

Les conséquences des perturbations dépassent le seul secteur pétrolier. Les chauffeurs de taxis, les conducteurs de motos et les autres professionnels du transport dépendent quotidiennement de la disponibilité du carburant pour exercer leurs activités.

Lorsque les stations ferment ou limitent la distribution, les déplacements deviennent plus difficiles et les recettes des transporteurs peuvent diminuer. Une hausse durable du coût d’approvisionnement peut également exercer une pression sur les tarifs du transport et, à terme, sur le prix de certains biens et services.

Au cours de la semaine du 11 au 18 octobre 2026, quelques médias locaux ont rapporté que le prix du litre d’essence chez les revendeurs informels était passé d’environ 4 000 francs congolais à 8 000, voire 10 000 francs congolais dans certains cas.

Cette évolution illustre les répercussions possibles d’une perturbation de la distribution sur le quotidien des habitants de Lubumbashi.

Quelles mesures pour rétablir l’approvisionnement ?

Pour Heradi Yuma, plusieurs actions pourraient contribuer à améliorer la situation. Il s’agit d’abord de vérifier les stocks réellement disponibles dans les dépôts et les stations-service, afin de déterminer si les difficultés relèvent d’une insuffisance des arrivages, de retards logistiques ou d’autres facteurs.

L’accélération des formalités administratives constitue une autre piste, à condition de maintenir les contrôles réglementaires. Cela suppose notamment de garantir la disponibilité des agents habilités à traiter les dossiers et à délivrer les bons de sortie.

L’analyste préconise également de vérifier les éventuelles rétentions injustifiées de stocks et de prendre les mesures prévues par la réglementation lorsque des infractions sont établies.

Enfin, une meilleure coordination entre les importateurs, les grossistes, les autorités et les acteurs intervenant sur l’axe de Dar es Salaam permettrait de suivre plus précisément les arrivages et les livraisons vers le Haut-Katanga. Un mécanisme régulier de suivi des stocks pourrait aussi aider à anticiper les tensions avant qu’elles ne provoquent des fermetures de stations.

Au-delà des explications avancées, l’enjeu est de déterminer à quel niveau de la chaîne d’approvisionnement se situent les blocages. Car importer du carburant ne suffit pas : encore faut-il que les produits soient effectivement acheminés, libérés des dépôts et distribués aux consommateurs dans des conditions normales.

La Rédaction

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