RDC : À Moanda, la santé des populations est-elle suffisamment protégée dans les zones pétrolières ?

Entre développement de l’industrie pétrolière, qualité de l’environnement et protection des communautés, la RDC doit désormais poser les bonnes questions.

Par Heradi Yuma

Expert du secteur pétrolier en RDC

À mesure que la République démocratique du Congo cherche à valoriser davantage ses ressources pétrolières, une question fondamentale doit accompagner cette ambition : comment développer notre industrie pétrolière tout en protégeant les populations vivant à proximité des zones d’exploitation, de transport et de stockage des hydrocarbures ?

Cette question concerne directement Moanda, dans le Kongo-Central, où l’exploitation pétrolière fait partie de la réalité économique depuis plusieurs années.

Une étude menée sous la direction du professeur Célestin Banza Lubaba Nkulu, spécialiste en toxicologie et en environnement à l’Université de Lubumbashi, apporte des éléments importants sur l’exposition de certaines populations de Moanda au benzène.

Le benzène est un composé notamment associé aux hydrocarbures et aux émissions liées à la combustion des carburants. Pour évaluer l’exposition des populations, les chercheurs ont notamment analysé le SPMA dans les urines, un biomarqueur utilisé pour apprécier l’exposition au benzène.

Les résultats montrent des différences entre les localités étudiées. Le rapport présente notamment des moyennes géométriques de 0,72 µg/g de créatinine à Kitombe, 0,56 µg/g à Kinkazi et Tshiende, 0,85 µg/g à Liawenda et 1,10 µg/g au Village Numéro, considéré comme zone témoin.

Ces données doivent être prises au sérieux, tout en étant interprétées avec rigueur. Elles ne permettent pas, à elles seules, d’attribuer toute l’exposition à une source unique. Elles posent cependant une question essentielle : d’où vient cette exposition et comment peut-on la réduire ?

Le pétrole n’est pas la seule question

Dans une région pétrolière, l’attention se porte naturellement sur les puits, les installations de production, le torchage et les émissions industrielles.

Mais une analyse complète doit considérer toute la chaîne :

Production → traitement → stockage → transport → distribution → consommation.

Le trafic routier et le transport des hydrocarbures doivent également être pris en compte, particulièrement pour les populations vivant à proximité des grands axes.

Autrement dit, une politique environnementale efficace doit rechercher l’ensemble des sources potentielles d’exposition plutôt que de se limiter à une seule hypothèse.

Que devons-nous surveiller ?

Si la RDC veut développer durablement son industrie pétrolière, elle doit parallèlement renforcer son système de surveillance environnementale et sanitaire.

1. La qualité de l’air

Il est nécessaire de mesurer régulièrement les principaux polluants liés aux activités industrielles, au torchage et au trafic routier, particulièrement dans les zones habitées proches des installations pétrolières.

2. La qualité de l’eau

Les sources d’eau utilisées par les communautés doivent faire l’objet d’un suivi régulier afin de détecter d’éventuelles contaminations et de garantir la sécurité des populations.

3. La qualité des sols

Dans les zones proches des installations pétrolières et des activités de transport ou de stockage, la surveillance des sols est également essentielle, notamment lorsqu’ils sont utilisés à des fins agricoles.

4. L’exposition des populations

Lorsque cela est scientifiquement pertinent, des biomarqueurs peuvent être utilisés pour mesurer l’exposition humaine à certaines substances et suivre son évolution dans le temps.

5. La santé des communautés

La surveillance environnementale doit enfin être accompagnée d’un suivi sanitaire et épidémiologique des populations vivant dans les zones potentiellement exposées.

Une étude ponctuelle fournit une photographie. Pour orienter une politique publique, nous avons besoin de données régulières, comparables et indépendantes dans le temps.

Le défi du torchage et des émissions

Dans les zones de production pétrolière, la gestion du gaz associé constitue également un enjeu important.

Le torchage peut répondre à certaines contraintes opérationnelles et de sécurité, mais la réduction des émissions doit rester un objectif lorsque des solutions techniquement et économiquement viables existent.

Plus largement, les émissions industrielles doivent être mesurées et contrôlées sur la base de données fiables.

Les préoccupations exprimées au fil des années par certaines communautés et organisations de la société civile à Moanda méritent donc d’être examinées à travers des mesures scientifiques, transparentes et indépendantes. Des observations récentes de Human Rights Watch sur la proximité de certains sites de torchage avec des zones habitées soulignent également l’importance de cette surveillance.

Une responsabilité partagée

La protection des populations ne peut pas reposer uniquement sur les entreprises pétrolières.

L’État doit définir les normes, contrôler leur application, assurer la surveillance environnementale et garantir aux communautés l’accès à une information fiable.

Les entreprises, de leur côté, doivent respecter leurs obligations environnementales, prévenir les risques et contribuer à la protection des communautés riveraines.

Développement communautaire et conformité environnementale ne sont pas la même chose : ils doivent avancer ensemble.

Moanda : une leçon pour l’avenir pétrolier de la RDC

La RDC dispose d’un potentiel pétrolier important et cherche légitimement à le valoriser.

Le secteur peut contribuer à la sécurité énergétique, aux recettes publiques, à l’emploi et au développement économique.

Mais le développement pétrolier ne doit pas être mesuré uniquement en barils produits, en investissements réalisés ou en revenus générés. Il doit également l’être à l’aune de notre capacité à protéger les travailleurs, les communautés et l’environnement.

Moanda peut ainsi devenir une occasion de renforcer notre modèle de développement pétrolier : meilleure surveillance de l’air, de l’eau et des sols, études d’impact rigoureuses, suivi sanitaire des populations, contrôle des émissions et transparence des données.

L’objectif ne doit pas être de choisir entre le pétrole et l’environnement. Il est de construire une industrie pétrolière capable de créer de la richesse tout en protégeant les populations qui vivent au cœur de cette richesse.

La RDC a besoin de son pétrole. Mais elle a aussi besoin d’un environnement sain pour ses populations.

C’est cette équation que notre pays doit désormais apprendre à résoudre.

Heradi Yuma Heradiz

Expert du secteur pétrolier en RDC

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