
À quelques jours des manifestations annoncées par l’opposition et la majorité présidentielle, le directeur de l’Institut congolais pour la formation et l’alphabétisation des droits de l’homme (ICFPDH), Joseph Shungu Ingila, tire la sonnette d’alarme. Dans une intervention accordée à la presse, l’acteur de la société civile a vivement critiqué une partie de la classe politique congolaise, qu’il accuse de privilégier ses intérêts au détriment des préoccupations des populations affectées par la crise sécuritaire. Il a également appelé les autorités à suspendre les marches prévues afin de prévenir tout risque d’affrontements.
Une classe politique accusée de privilégier ses intérêts
Réagissant au déplacement à Bujumbura (Burundi) de plusieurs responsables politiques et religieux dans le cadre d’un dialogue, Joseph Shungu Ingila s’est montré particulièrement sévère. Selon lui, ces initiatives ne répondent pas aux attentes des Congolais confrontés aux conséquences de l’insécurité, notamment les déplacés et les réfugiés.
L’activiste estime que les dirigeants devraient consacrer leurs efforts à défendre les victimes des conflits plutôt qu’à multiplier des démarches qu’il juge éloignées des préoccupations réelles de la population.
« En tant que membre de la société civile, je suis déçu de voir des politiciens se déplacer pour leurs intérêts en se cachant derrière la population congolaise », a-t-il déclaré.
« Nous avons besoin d’hommes d’État »
Au-delà de cette critique, Joseph Shungu Ingila a dressé un constat plus large sur la gouvernance politique du pays. Il regrette l’absence, selon lui, d’une véritable vision d’État face aux défis sécuritaires auxquels la RDC est confrontée.
Pour le directeur de l’ICFPDH, les responsables politiques devraient concentrer leurs actions sur la dénonciation de l’agression dont le pays se dit victime, la défense des droits des citoyens et la protection des populations affectées par les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Il affirme ne pas retrouver, dans le comportement de plusieurs acteurs politiques, l’engagement attendu de dirigeants placés au service de l’intérêt général.
Inquiétudes autour des manifestations du 22 juillet
Joseph Shungu Ingila s’est également exprimé sur les manifestations annoncées pour le 22 juillet 2026, date à laquelle l’opposition prévoit une marche, tandis que des mouvements proches de la majorité envisagent également une mobilisation de soutien aux institutions.
Cette simultanéité suscite, selon lui, un risque réel de tensions et d’affrontements.
Craignant des violences, il appelle les autorités nationales et provinciales à prendre toutes les dispositions nécessaires pour éviter une escalade.
« Nous ne voulons plus voir de bain de sang dans notre pays », a-t-il insisté.
Un appel au ministre de l’Intérieur
Face à ce climat politique tendu, le responsable de l’ICFPDH invite le ministre de l’Intérieur à examiner la possibilité de suspendre les manifestations annoncées afin de préserver l’ordre public et la sécurité des citoyens.
Selon lui, les priorités nationales devraient porter sur la protection des populations, la défense des droits humains, la recherche de solutions à la crise sécuritaire et le renforcement de la cohésion nationale, plutôt que sur des démonstrations de force susceptibles d’exacerber les tensions politiques.
À travers cette prise de parole, Joseph Shungu Ingila lance un appel à la responsabilité de l’ensemble des acteurs politiques et institutionnels afin de privilégier le dialogue, la stabilité et la protection des citoyens dans un contexte marqué par de nombreux défis sécuritaires et sociaux.
Junior Ngandu