RDC : Me Jean-Claude Katende dénonce la faible représentation des femmes dans la gestion des revenus miniers


À Lubumbashi, le président de l’ASADHO, Me Jean-Claude Katende, appelle à une participation équitable des femmes dans les instances chargées de gérer les revenus issus des ressources naturelles, notamment des minéraux de transition. Il estime injuste que les femmes soient fortement exposées aux impacts de l’exploitation minière tout en restant marginalisées dans les espaces où sont prises les décisions sur les retombées économiques du secteur.

Les femmes exposées aux impacts, mais éloignées des retombées

Me Jean-Claude Katende s’est exprimé en marge de l’atelier organisé à Lubumbashi, les 11 et 12 août 2026, autour du thème « Leadership féminin et son implication dans les ressources naturelles ». La rencontre réunit notamment des femmes activistes de la société civile ainsi que des journalistes.

Dans son intervention, le président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO) a mis en lumière ce qu’il considère comme un déséquilibre majeur dans le secteur minier congolais.

La République démocratique du Congo occupe une place stratégique dans l’exploitation des minerais nécessaires à la transition énergétique mondiale. Le cuivre, le cobalt et d’autres minerais critiques sont au cœur de la transformation des systèmes énergétiques, alors que le monde cherche progressivement à réduire sa dépendance aux énergies fossiles.

Mais derrière cette opportunité économique, Jean-Claude Katende pose une question centrale : les femmes qui subissent les conséquences de l’exploitation minière bénéficient-elles dans les mêmes proportions de ses retombées ?

Pour le président de l’ASADHO, la réponse demeure largement négative.

« La femme est parmi les personnes qui subissent l’impact négatif de l’exploitation minière à un niveau très important. Mais est-ce que la même femme est bénéficiaire au même niveau des retombées positives de l’exploitation minière ? », s’interroge-t-il.

C’est dans cette perspective que l’ASADHO entend encourager une réflexion sur l’intégration des femmes dans les mécanismes de gestion des revenus générés par les minéraux de transition.

Une sous-représentation jugée injuste

Selon Jean-Claude Katende, l’analyse menée par son organisation révèle une faible présence des femmes dans plusieurs organismes chargés de gérer les revenus issus des ressources naturelles.

Cette situation constitue, à ses yeux, une injustice structurelle.

« Dans tous les organismes qui sont chargés de gérer les revenus générés par les minéraux de transition, la femme est représentée de manière très faible, ou soit n’est pas du tout représentée. Nous estimons que c’est une injustice », affirme-t-il.

Le responsable de l’ASADHO identifie plusieurs facteurs susceptibles d’expliquer cette marginalisation, notamment l’accès inégal à l’éducation et à la formation, les comportements sexistes ainsi que certaines pratiques traditionnelles.

Éducation, sexisme et traditions : les principaux obstacles

Le premier obstacle réside, selon lui, dans les inégalités d’accès à l’éducation et à la formation. Dans certaines communautés, les femmes disposent encore de moins d’opportunités pour acquérir les compétences nécessaires à leur participation aux processus de décision.

À cela s’ajoute ce que Jean-Claude Katende qualifie d’« égoïsme des hommes », qui limiterait la promotion des femmes dans les espaces de gestion et de décision.

Les traditions constituent également un frein important. Dans certaines familles, déplore-t-il, les garçons sont encore davantage encouragés à poursuivre leurs études que les filles.

« Vous allez voir que dans beaucoup de nos familles, on préfère propulser les garçons aux études plutôt que les femmes. C’est une injustice », estime-t-il.

Vers une participation équitable dans les instances de décision

Pour l’ASADHO, la réponse ne consiste pas nécessairement à imposer une représentation strictement égale entre hommes et femmes, mais à garantir une présence suffisamment significative des femmes dans les instances où sont décidées l’affectation et la gestion des revenus miniers.

« Ce que nous réclamons, c’est tout simplement une participation équitable. Ça ne veut pas dire une participation égale », précise Jean-Claude Katende.

Il cite le cas de certaines structures composées d’une quinzaine de membres où seules deux ou trois femmes seraient présentes, voire aucune.

Pour lui, cette situation doit évoluer si la RDC veut inscrire la gouvernance de ses ressources naturelles dans une véritable logique d’inclusion.

Mobiliser les femmes et interpeller les autorités

L’atelier de Lubumbashi poursuit ainsi un double objectif : sensibiliser les femmes elles-mêmes sur leur rôle dans la gouvernance des ressources naturelles et porter leurs revendications auprès des autorités.

Jean-Claude Katende estime que les femmes doivent davantage s’impliquer et revendiquer leur place dans les espaces de décision, mais que cette mobilisation doit être accompagnée par des mesures institutionnelles.

« Notre objectif, c’est de faire parvenir d’abord le message aux femmes elles-mêmes pour qu’elles se réveillent, mais aussi que les autorités qui sont censées équilibrer ces questions dans la perspective de rendre justice aux femmes puissent prendre des mesures », explique-t-il.

À travers cette démarche, l’ASADHO entend replacer la question du leadership féminin au centre des débats sur la gouvernance des ressources naturelles en RDC, à un moment où les minéraux de transition occupent une place stratégique dans l’économie mondiale.

L’enjeu, pour l’organisation de défense des droits humains, dépasse ainsi la seule question des revenus tirés des ressources naturelles. Il s’agit également de déterminer qui participe aux décisions concernant leur gestion et qui bénéficie réellement des opportunités qu’elles génèrent.

Junior Ngandu

Partagez cette information avec vos ami(e)s

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *