Incendie à Kinshasa : au-delà du drame, faisons de la sécurité incendie une priorité de santé publique



Par Heradi Yuma, expert en santé publique et prévention des risques

Le récent incendie survenu dans une salle de mariage à Kinshasa, qui aurait fait 22 morts selon le bilan provisoire communiqué, doit nous interpeller collectivement.

Derrière ce bilan se trouvent des familles endeuillées, des vies brisées et une question essentielle : était-il possible d’éviter que cet incendie ne se transforme en catastrophe humaine ?

Au-delà de l’émotion et des responsabilités qui devront être établies par les autorités compétentes, cette tragédie doit nous conduire à renforcer une véritable culture de prévention et de sécurité incendie en République démocratique du Congo.

Un incendie peut se déclarer en quelques secondes. Une évacuation mal préparée peut, elle aussi, tourner au drame en quelques instants.

Face au feu, la vie avant tout

Il existe un réflexe que chacun devrait avoir profondément ancré dans son esprit :

En cas d’incendie, abandonnez vos biens et évacuez.

Téléphone portable, chargeur, argent, sac, documents, vêtements ou tout autre objet personnel : rien ne doit passer avant la vie humaine.

Il ne faut pas perdre de précieuses secondes à récupérer ses effets personnels.

La fumée constitue également un danger majeur. Elle peut réduire très rapidement la visibilité, désorienter les personnes et contenir des substances toxiques. Dans certaines situations, elle peut rendre l’évacuation extrêmement difficile avant même que les flammes n’atteignent directement les occupants.

Dès qu’une alarme se déclenche, qu’une fumée suspecte apparaît ou qu’un incendie est constaté, il faut agir immédiatement, sans attendre de mesurer l’ampleur du sinistre.

Les réflexes qui peuvent sauver des vies

Dans un lieu recevant du public — salle de mariage, église, restaurant, hôtel, boîte de nuit, centre commercial, école ou entreprise — chacun devrait adopter quelques réflexes simples.

Repérer les sorties dès son arrivée.
Il ne faut pas attendre qu’un incendie se déclare pour chercher comment sortir. Identifiez les sorties principales et, lorsque cela est possible, les issues de secours.

Évacuer immédiatement en cas d’alerte.
Il ne faut pas rester sur place pour filmer, prendre des photos ou tenter de comprendre ce qui se passe avant de réagir.

Rester aussi bas que possible en présence de fumée.
Lorsqu’une évacuation à travers une zone enfumée est nécessaire, se tenir près du sol peut contribuer à réduire l’exposition à la fumée, qui peut être plus dense à hauteur des voies respiratoires.

Ne jamais retourner chercher un objet.
Un téléphone, un sac ou de l’argent peuvent être remplacés. Une vie ne l’est pas.

Ne pas retourner dans un bâtiment après l’avoir évacué.
Même pour récupérer un proche ou un bien, il faut laisser les secours intervenir. Si une personne est restée à l’intérieur, signalez immédiatement sa présence aux professionnels.

Éviter les mouvements de panique.
Évacuer rapidement ne signifie pas pousser, courir sans direction ou empêcher les autres de sortir. Il faut suivre les voies d’évacuation et les consignes du personnel ou des secours.

Porter assistance aux personnes vulnérables lorsque cela est possible sans se mettre en danger.
Les enfants, les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite peuvent nécessiter une aide particulière.

Si une sortie est bloquée par les flammes ou la fumée, ne forcez pas le passage.
Cherchez une autre issue sûre. Si aucune évacuation n’est possible, mettez-vous à l’abri derrière une porte fermée, limitez autant que possible l’entrée de fumée et signalez votre présence aux secours.

La responsabilité ne repose pas uniquement sur le citoyen

C’est probablement l’une des leçons les plus importantes à tirer de ce type de catastrophe.

On ne peut pas simplement demander à la population d’apprendre à courir vers une sortie lorsque le feu commence.

La sécurité doit être organisée avant même que l’incendie ne survienne.

Tout établissement recevant du public doit faire de la prévention incendie une priorité.

Cela suppose notamment des sorties de secours suffisantes, accessibles et clairement signalées, des voies d’évacuation constamment dégagées et le respect de la capacité maximale d’accueil.

Il faut également disposer, selon les besoins de l’établissement, de systèmes d’alarme fonctionnels, d’extincteurs adaptés et régulièrement entretenus, d’un éclairage de sécurité, ainsi que d’installations électriques contrôlées et correctement entretenues.

La gestion des sources de chaleur et des équipements de cuisson doit également faire l’objet d’une attention particulière, tout comme l’utilisation de matériaux ou de décorations susceptibles de favoriser la propagation du feu.

Le personnel doit, pour sa part, être formé aux procédures d’urgence. Des plans d’évacuation doivent être établis et, lorsque cela est pertinent, des exercices périodiques doivent permettre de tester les procédures.

Enfin, l’accès aux établissements doit rester suffisamment dégagé pour permettre une intervention rapide des services de secours.

La prévention incendie n’est donc pas une simple question d’extincteurs accrochés à un mur. C’est un système qui englobe la prévention, la détection, l’alerte, l’évacuation et l’intervention.

Sommes-nous réellement préparés ?

Après chaque incendie meurtrier, notre attention se concentre naturellement sur l’origine du feu et sur les circonstances du drame.

Mais les véritables questions de santé publique doivent également porter sur la préparation et la prévention.

Les sorties étaient-elles suffisantes ?

Étaient-elles accessibles et correctement signalées ?

La capacité d’accueil de la salle était-elle respectée ?

Les systèmes d’alarme fonctionnaient-ils ?

Les installations électriques avaient-elles été contrôlées ?

Le personnel savait-il comment organiser une évacuation ?

Les occupants connaissaient-ils les issues de secours ?

Les services d’intervention pouvaient-ils accéder rapidement au site ?

Ces questions ne doivent pas être posées uniquement après une tragédie. Elles doivent l’être avant.

Pour une véritable culture de prévention en RDC

La sécurité incendie doit devenir une composante permanente de nos politiques de santé publique, de sécurité au travail et de gestion des établissements recevant du public.

Nous devons passer d’une logique de réaction à une véritable logique de prévention.

Les propriétaires et gestionnaires d’établissements doivent comprendre que la sécurité incendie n’est pas une dépense inutile. C’est un investissement destiné à protéger des vies humaines.

Les organisateurs d’événements doivent également intégrer la sécurité dans leur préparation, au même titre que la sonorisation, la décoration, la restauration ou la logistique.

Les autorités, quant à elles, doivent veiller au respect des exigences de sécurité et au contrôle régulier des établissements recevant du public.

Enfin, chaque citoyen doit connaître les gestes élémentaires susceptibles de faire la différence en situation d’urgence.

Retenons l’essentiel

Lorsqu’un incendie commence, ne perdez pas votre temps à sauver vos biens. Sauvez-vous.

Ne cherchez pas votre téléphone.

Ne cherchez pas votre argent.

Ne cherchez pas votre sac.

Cherchez la sortie.

Et une fois dehors, n’y retournez pas.

Le drame de Kinshasa doit nous rappeler une vérité fondamentale : un incendie peut devenir une catastrophe humaine lorsque la prévention, l’alerte, l’évacuation et l’organisation des secours ne permettent pas de protéger efficacement les personnes.

Faisons donc de cette tragédie non seulement un moment de deuil, mais aussi un moment de prise de conscience.

Prévenir un incendie, c’est protéger une vie.

Préparer une évacuation, c’est sauver des vies.

Faire respecter les règles de sécurité, c’est une responsabilité collective.

Heradi Yuma
Expert en santé publique et prévention des risques

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