
À Kolwezi, le malaise grandit autour de la gouvernance des ressources naturelles et de la protection des droits humains. Dans une déclaration rendue publique le 17 avril 2026, l’Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains tire la sonnette d’alarme sur une série de violations présumées dans la province du Lualaba, pointant du doigt à la fois les autorités provinciales et certaines entreprises minières.
Une mobilisation des communautés affectées
L’organisation indique avoir tenu, les 16 et 17 avril, une session de mobilisation et de renforcement des capacités au profit des représentants des communautés impactées, notamment par la modernisation de l’aéroport de Kolwezi et les activités de plusieurs sociétés minières telles que Ruashi Mining, Kamoto Copper Company, Metalkol, Chemaf ou encore MMT.
Au terme de ces échanges, les témoignages recueillis dressent un tableau jugé préoccupant :
« De nombreuses violations des droits de l’homme (…) remettent en question la capacité des autorités locales (…) à protéger les droits fondamentaux des populations », affirme l’IBGDH.
Expropriations contestées autour de l’aéroport
Parmi les faits dénoncés, l’ONG évoque la destruction de plus de 500 habitations dans le cadre des travaux de modernisation de l’aéroport de Kolwezi. Une opération que l’organisation qualifie d’irrégulière :
« Le Gouvernement provincial (…) a détruit en violation des lois du pays (…) plus de cinq cent maisons », déplore-t-elle, dénonçant une absence de réaction de l’Assemblée provinciale.
Cette situation aurait laissé plusieurs familles sans abri, certaines étant contraintes de vivre « à la belle étoile », avec des conséquences directes sur la scolarisation des enfants.
Pollution et risques sanitaires
Dans plusieurs quartiers, notamment à Dilungu (Biashara), les populations décrivent un environnement dégradé :
« Pollution généralisée, odeurs nauséabondes, maladies respiratoires chroniques et destruction des cultures », rapportent les communautés.
Malgré les alertes répétées, l’IBGDH estime que la réponse des autorités reste « non coordonnée et inefficace ».
Insécurité et nuisances quotidiennes
Dans des zones comme Tshabula, Kamboyi, Musonoie ou encore Gécamines Kolwezi, les habitants dénoncent une dégradation du cadre de vie, marquée par l’insécurité et les nuisances liées aux activités minières :
« Des engins tournent 24h/24, empêchant tout sommeil », témoignent-ils.
Un appel à la responsabilité des institutions
Face à cette situation, l’IBGDH s’interroge ouvertement sur le rôle de l’Assemblée provinciale, accusée de manquer à sa mission de contrôle :
« Les populations se posent la question de savoir l’impact de cet organe sur la gouvernance de la province. »
L’organisation appelle notamment au respect de l’édit provincial sur l’indemnisation et la réinstallation des communautés affectées, adopté en août 2022.
Recommandations et appel à la mobilisation
En conclusion, l’IBGDH exprime sa « profonde inquiétude » et formule plusieurs recommandations :
renforcer le contrôle parlementaire ;
indemniser les victimes des expropriations ;
contraindre les entreprises minières à respecter les lois ;
améliorer la sécurité et la protection des populations.
Elle invite également les communautés à se mobiliser davantage :
« Exiger le respect du cadre légal congolais en toute circonstance. »
Dans une province au cœur de l’économie minière congolaise, cette interpellation remet en lumière les tensions persistantes entre exploitation des ressources, gouvernance publique et respect des droits fondamentaux.
Josiane Tshisola