RDC : En Ituri, la MONUSCO maintient le cap face à une crise persistante



En déplacement à Bunia, le nouveau chef de la mission onusienne, James Swan, a réaffirmé la centralité de l’Ituri dans l’agenda sécuritaire de la MONUSCO. Une visite placée sous le signe de l’écoute, alors que les communautés locales appellent à des actions plus concrètes.

Une province sous tension permanente

À Bunia, capitale provinciale de l’Ituri, les cicatrices du conflit restent visibles. Malgré une accalmie relative dans certaines zones, la région demeure l’un des épicentres de l’insécurité en République démocratique du Congo. Groupes armés actifs, déplacements massifs de populations, tensions intercommunautaires : le tableau reste préoccupant.

C’est dans ce contexte que James Swan a effectué, le 22 avril, une visite de terrain pour réaffirmer les priorités de la mission onusienne.

« L’Ituri reste une priorité », a-t-il insisté, évoquant la nécessité de renforcer la protection des civils et d’accompagner les efforts de stabilisation.

Femmes et communautés locales en première ligne

Au-delà des échanges institutionnels, le chef de la MONUSCO a surtout prêté l’oreille aux acteurs de terrain. Lors d’une rencontre avec les organisations féminines, les attentes ont été exprimées sans détour : pérenniser les acquis fragiles de la cohésion sociale.

À Djugu, Bedu Ezekere ou encore Mandro, des initiatives de dialogue intercommunautaire ont permis de rétablir des liens longtemps rompus.

« Nous sollicitons le renforcement du dialogue de proximité et un soutien accru aux organisations féminines », a plaidé Elisabeth Buve.

Pour ces femmes, souvent premières victimes des violences, la paix passe par une présence continue des partenaires internationaux aux côtés des communautés.

Une jeunesse entre désengagement et espoir

Autre acteur clé : la jeunesse. Longtemps considérée comme vivier de recrutement pour les milices, elle amorce progressivement un tournant.

Certains jeunes refusent désormais d’intégrer les groupes armés. D’autres ont rejoint le programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (PDDRCS), soutenu par les autorités congolaises et leurs partenaires.

Mais les attentes restent fortes. Les organisations de jeunesse réclament un accompagnement plus structuré pour concrétiser la résolution 2250 des Nations unies, qui reconnaît leur rôle dans la consolidation de la paix.

Les enfants, victimes invisibles du conflit

Dans cette province meurtrie, les enfants restent parmi les plus vulnérables. Le Parlement d’enfants de l’Ituri a profité de la visite pour lancer un appel sans équivoque :

mettre fin aux groupes armés pour garantir leurs droits fondamentaux.

Un rappel que, derrière les statistiques sécuritaires, se joue aussi l’avenir d’une génération entière.


Adapter la réponse onusienne aux réalités du terrain

Face à ces interpellations, James Swan a promis une approche plus fine, fondée sur les besoins exprimés localement.

« Ces consultations nous permettront d’adapter notre action aux réalités du terrain », a-t-il assuré.

Un défi de taille pour la MONUSCO, engagée dans un processus de retrait progressif tout en restant attendue sur des résultats concrets.

Une équation sécuritaire encore fragile

En Ituri, la paix demeure un équilibre précaire. Si les initiatives locales et les programmes internationaux ouvrent des perspectives, leur efficacité dépendra d’une coordination étroite entre la mission onusienne, l’État congolais et les acteurs communautaires.

Dans cette région où chaque avancée reste fragile, la visite du chef de la MONUSCO apparaît moins comme un simple déplacement diplomatique que comme un test : celui de la capacité des partenaires à transformer l’écoute en actions durables.


René Mabaya

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