RDC : Me Jean-Claude Katende met en garde contre un dialogue qui servirait à « blanchir » les responsables des rébellions

Le président de l’association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), Maître Jean-Claude Katende, appelle à la fermeté dans le cadre du dialogue national envisagé en RDC. Il met en garde contre toute démarche qui, selon lui, pourrait conduire à une forme d’impunité pour les acteurs ayant recouru aux armes contre l’État congolais.

« Le dialogue n’est pas une blanchisserie »

Alors que la perspective d’un dialogue national continue de susciter des réactions au sein de la classe politique et de la société civile, Me Jean-Claude Katende pose ses conditions.

Dans une prise de position rendue publique samedi 22 août 2026, le président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO) estime qu’un éventuel dialogue ne devrait pas devenir un mécanisme permettant d’effacer les responsabilités liées aux violences armées.

« Si le dialogue est envisagé comme une blanchisserie des personnes qui ont pris des armes pour prendre le pouvoir, en violation de la Constitution, qui ont tué les Congolais, pillé notre pays, je vous garantis que dans les dix prochaines années, les mêmes personnes feront la même chose », prévient-il.

Pour l’activiste, toute démarche politique destinée à mettre fin à la crise sécuritaire doit donc intégrer la question des responsabilités et des garanties de non-répétition.

Me Katende évoque trois décennies de rébellions

Maître Jean-Claude Katende inscrit la crise actuelle dans une lecture plus large de l’histoire politique et sécuritaire récente de la RDC.

Il établit notamment un parallèle entre plusieurs mouvements armés ayant marqué le pays depuis les années 1990 : l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et, aujourd’hui, l’Alliance Fleuve Congo (AFC) alliée au M23.

« De 1996 à 2026, dans 30 ans, ils ont participé à plusieurs rébellions soutenues par le Rwanda contre le Congo », soutient-il.

Cette lecture historique rejoint les débats récurrents en RDC sur la répétition des cycles de rébellion et sur la nécessité de mettre en place des mécanismes capables d’empêcher la résurgence des violences.

La justice au cœur des préoccupations

Pour le président de l’ASADHO, l’enjeu du dialogue ne devrait donc pas se limiter à parvenir à un compromis politique. Il doit également permettre de répondre aux conséquences humaines, économiques et sécuritaires des conflits successifs.

Il estime qu’accorder une place politique à des acteurs armés sans traiter la question de leurs responsabilités pourrait créer un précédent susceptible d’encourager de nouvelles prises d’armes.

« C’est aujourd’hui que nous devons nous déterminer pour mettre fin [à cette] aventure qui a fauché la vie de plusieurs Congolais et ruiné notre pays », affirme-t-il.

Un dialogue toujours au centre du débat

La prise de position de Maître Jean-Claude Katende intervient dans un contexte où la question du dialogue national reste au cœur des discussions politiques en RDC. Le président Félix-Antoine Tshisekedi a annoncé son intention de préciser prochainement les contours de cette initiative, tout en affirmant qu’elle devra se distinguer des précédentes expériences de concertations politiques.

La question de l’inclusivité, de la participation des différents acteurs et du traitement réservé aux responsables présumés des violences devrait ainsi compter parmi les principaux sujets de controverse.

Pour la société civile, le défi sera désormais de trouver un équilibre entre la recherche d’une issue politique à la crise et l’exigence de justice. Une équation particulièrement sensible dans un pays marqué par trois décennies de conflits armés et où la crainte d’une répétition des mêmes cycles demeure forte.

La Rédaction

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