
Le gouvernement congolais annonce des analyses contradictoires sur certains lots d’hydroxyde de cobalt exportés depuis la RDC, après la publication d’une étude scientifique faisant état de la présence d’uranium dans la chaîne d’approvisionnement. Kinshasa veut établir les faits avant de tirer d’éventuelles conclusions.
Une étude relance les interrogations
La décision intervient après la publication, le 30 juillet 2026 dans Nature Communications, d’une étude consacrée à la présence d’uranium dans les exportations d’hydroxyde de cobalt de la RDC. Les chercheurs estiment que l’uranium peut suivre le cobalt au cours des procédés hydrométallurgiques et se retrouver dans les produits destinés à l’exportation.
L’étude avance notamment une estimation de 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium naturel qui auraient pu être exportées avec des cargaisons d’hydroxyde de cobalt entre 2000 et 2024. Il s’agit toutefois d’une estimation fondée sur des données géologiques, géochimiques, commerciales et des modèles de transfert, et non d’un inventaire direct de l’ensemble des cargaisons exportées.
Kinshasa veut procéder à des contre-analyses
Face aux interrogations suscitées par ces révélations, le ministère congolais des Mines annonce une campagne d’analyses contradictoires sur les exportations concernées.
L’objectif est de comparer les résultats disponibles et de déterminer avec précision les éventuelles teneurs en uranium présentes dans les produits miniers exportés.
Cette démarche doit permettre aux autorités de disposer de données scientifiques vérifiables avant de se prononcer définitivement sur la conformité des cargaisons aux normes applicables.
Le gouvernement congolais a déjà annoncé, dans le même contexte, le renforcement des capacités de détection de la radioactivité sur les cargaisons minières ainsi que des échanges avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Une présence naturelle connue dans le Copperbelt
Kinshasa rappelle par ailleurs que l’uranium est naturellement présent dans certaines formations géologiques du Copperbelt congolais, notamment dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga.
Cette co-présence du cuivre, du cobalt et de l’uranium est connue depuis longtemps dans la région. L’étude publiée dans Nature Communications confirme elle-même que l’uranium coexiste avec les minerais oxydés de cobalt dans plusieurs zones du Copperbelt.
Pour les autorités congolaises, cette réalité géologique ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à une irrégularité dans les exportations ou à une volonté de dissimulation.
Un enjeu de traçabilité et de sécurité
Au-delà de la question des exportations, le dossier pose des enjeux de traçabilité, de santé au travail et de protection de l’environnement.
Les auteurs de l’étude estiment notamment que l’absence de dispositifs spécifiques de retrait de l’uranium au cours du traitement du cobalt peut favoriser son transfert vers l’hydroxyde de cobalt. Ils recommandent notamment des analyses indépendantes des cargaisons, un renforcement du contrôle des résidus miniers et des mesures de protection des travailleurs.
Pour Kinshasa, la priorité est désormais d’établir les faits sur une base scientifique. Les résultats des contre-analyses devraient permettre de déterminer la composition réelle des produits concernés et de vérifier leur conformité aux normes nationales et internationales.
Cette vérification intervient alors que la RDC cherche parallèlement à renforcer la traçabilité de sa production de cobalt et à mieux contrôler sa chaîne de valeur, notamment à travers de nouvelles mesures sur la commercialisation et l’exportation des produits miniers.