Lualaba : Amputé après accident de travail, deux ans à l’hôpital abandonné par son employeur, Navrick Nyengele réclame justice




Depuis près de deux ans, Navrick Nyengele vit entre les murs d’une chambre d’hôpital à Kolwezi. À 27 ans, amputé d’une jambe après un accident impliquant un camion de son employeur, ce père de famille affirme avoir été abandonné. Son histoire met en lumière le sort souvent invisible des travailleurs victimes d’accidents professionnels en RDC.

Dans une chambre aux murs ternis de l’hôpital Mwangeji, à Kolwezi, le temps semble suspendu. Allongé sur un lit médical, Navrick Nyengele fixe le plafond, comme pour échapper un instant à une réalité devenue trop lourde à porter. À seulement 27 ans, le jeune homme vit ici depuis près de deux ans, prisonnier d’un quotidien fait de douleur, d’incertitude et d’attente.

L’attente d’un geste. D’une réparation. D’une justice.

Avant le drame, Navrick menait une existence modeste mais stable. Aide-chauffeur, il travaillait pour subvenir aux besoins de sa famille et assumait son rôle de père avec la discrétion de ceux qui vivent du travail de leurs mains. Jusqu’au jour où tout a basculé.

Selon les témoignages recueillis, le jeune homme aurait été grièvement blessé lors d’un accident impliquant un camion appartenant à l’entreprise Sawa Transport, à bord duquel il exerçait ses fonctions. Le véhicule aurait perdu le contrôle, provoquant un accident dont les conséquences se révèlent irréversibles.

Le bilan est brutal : une jambe droite amputée, l’autre lourdement endommagée, et une vie définitivement bouleversée.

Une chambre d’hôpital devenue lieu de vie

Près de deux ans après les faits, Navrick n’a toujours pas quitté l’hôpital. Cette chambre devenue refuge forcé est désormais son univers. Ici, les gestes les plus simples — se lever, se déplacer, se nourrir — se transforment en épreuves.

« Tout est devenu difficile », souffle-t-il, le regard marqué par la fatigue.

Selon ses proches, l’entreprise qui l’employait aurait progressivement cessé d’assurer sa prise en charge médicale, malgré les obligations liées aux accidents professionnels. Navrick affirme aujourd’hui se sentir abandonné, sans assistance suffisante pour faire face aux soins, à la rééducation ou simplement aux besoins du quotidien.

Le combat silencieux d’une mère

À ses côtés, une présence ne vacille jamais : celle de sa mère.

Devenue garde-malade malgré elle, cette femme partage désormais les journées et les nuits de son fils. Pour survivre, elle enchaîne de petits travaux ménagers, cherchant de quoi nourrir la famille et répondre aux urgences les plus immédiates.

Dans ce combat discret, la précarité s’est installée comme une compagne imposée.

Pour cette famille, chaque journée est une bataille contre l’épuisement, le manque de moyens et l’impression d’être oubliés.

Une demande simple : réparation et dignité

Aujourd’hui, Navrick Nyengele ne réclame ni privilège ni faveur particulière.

Il demande que l’entreprise Sawa Transport reprenne sa prise en charge médicale et procède à son indemnisation, afin qu’il puisse envisager une reconstruction, malgré le handicap.

Car au-delà de la souffrance physique, il y a une autre blessure : celle de ne plus pouvoir subvenir aux besoins des siens comme auparavant.

Dans un message empreint d’émotion, le jeune homme en appelle également aux autorités du pays, notamment au Président de la République et à la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, afin qu’une solution soit trouvée à sa situation.

Le miroir d’un problème plus large

L’histoire de Navrick Nyengele dépasse son seul destin personnel.

Elle pose, en filigrane, la question de la protection des travailleurs en République démocratique du Congo, particulièrement dans les secteurs à haut risque où les accidents professionnels restent fréquents, mais rarement documentés.

Que deviennent ceux dont le corps se brise au service d’une entreprise ? Qui prend le relais lorsque les promesses d’assistance s’effacent ?

À Kolwezi, derrière les richesses minières et la croissance économique, le silence de certaines chambres d’hôpital raconte aussi une autre réalité : celle des oubliés du travail.

Et pendant que les jours passent, Navrick continue d’attendre. Non plus un miracle. Mais simplement que justice lui soit rendue.

La Rédaction

Partagez cette information avec vos ami(e)s

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *