
À Lubumbashi, la 3ᵉ édition de la conférence Import-Export organisée par la Fédération des Entreprises du Congo a réuni décideurs publics, opérateurs économiques et experts autour des grands défis logistiques du pays. Parmi les interventions, celle du sénateur Jean Bamanisa Saidi, président du club BPT, qui a défendu une vision stratégique des corridors de transport comme levier de souveraineté nationale et de développement économique.
Les corridors, un outil stratégique longtemps négligé
Prenant la parole devant les participants, Jean Bamanisa Saidi a regretté le manque de politique cohérente en matière d’infrastructures logistiques en République démocratique du Congo.
Selon lui, le pays a longtemps privilégié les voies aériennes, plus faciles à contrôler, au détriment des routes, rails et corridors commerciaux indispensables à l’intégration nationale.
« Nous sommes en train de pousser le gouvernement à appliquer désormais un programme et un budget des corridors », a-t-il déclaré.
Il a notamment insisté sur la nécessité d’une meilleure articulation entre les politiques nationales et provinciales afin de structurer durablement les flux commerciaux.
Kalemie, futur point de jonction stratégique
Le sénateur a mis en avant la position de Kalemie, qu’il considère comme un futur nœud logistique entre le corridor central et celui de Lobito Corridor.
« Le central et le Lobito doivent se rejoindre au niveau de Kalemie à un certain moment », a-t-il expliqué.
Cette connexion, selon lui, renforcerait la fluidité des échanges entre l’Est, le Sud et l’Ouest du pays.
L’industrialisation comme complément des corridors
Jean Bamanisa Saidi a également rappelé que les infrastructures de transport ne peuvent être pensées sans une base industrielle solide.
Évoquant son expérience entrepreneuriale, il a cité la mise en place d’une usine de ciment au Kongo-Central, conçue pour répondre aux besoins en matériaux de construction.
« Un pays ne peut pas se construire, on ne peut pas parler des infrastructures et des corridors s’il n’y a pas des matériaux. »
Il a par ailleurs annoncé une volonté de revenir investir dans l’ex-Katanga, notamment au Lualaba, avec des projets industriels en préparation.
Banana, un corridor de souveraineté
L’un des points centraux de son intervention a concerné le développement du port en eaux profondes de Banana, qu’il considère comme essentiel à l’indépendance économique du pays.
Selon lui, la production minière congolaise devrait atteindre jusqu’à 8 millions de tonnes exportées dans les prochaines années, ce qui nécessitera plusieurs corridors complémentaires : Lobito, Dar es Salaam, Mozambique… mais aussi Banana.
« Banana est essentiel, même s’il coûtera 10 % ou 20 % plus cher. Une partie des minerais du Congo devra passer par là pour garder la souveraineté sur nos produits. »
Il a insisté sur le fait que le port de Banana devra impérativement être connecté au réseau ferroviaire pour jouer pleinement son rôle stratégique.
Le corridor Ouest et le triangle de l’avenir
Autre projet évoqué : le corridor Ouest, adossé au potentiel énergétique du site d’Inga.
Jean Bamanisa Saidi imagine un vaste triangle logistique reliant Luanda, Kinshasa, Brazzaville et Pointe-Noire.
« J’appelle ça le triangle de l’avenir, où l’électricité produite devrait transformer nos minerais avant de les exporter. »
Cette vision repose sur la transformation locale des ressources minières, afin de créer davantage de valeur ajoutée avant exportation.
Une gouvernance axée sur les corridors
En conclusion, le sénateur a plaidé pour une nouvelle approche de la gouvernance économique, recentrée sur les corridors logistiques plutôt que sur des investissements dispersés.
« On doit arrêter de regarder seulement les corridors qui vont sur les autres pays et mettre en place une politique nationale. »
À Lubumbashi, son message a trouvé un écho particulier : pour de nombreux participants, la compétitivité future de la RDC dépendra de sa capacité à maîtriser ses propres routes commerciales, relier ses bassins économiques et transformer localement ses richesses.
Junior Ngandu