RDC : La Banque centrale prépare un tournant historique vers la fin du cash en devises



En reprenant la main sur l’importation des devises et en programmant la disparition progressive des paiements en espèces en dollars et en euros, la Banque centrale du Congo par son Gouverneur André Wameso, engage le pays dans une réforme monétaire ambitieuse. Objectif : reprendre le contrôle d’une économie largement dollarisée.

À Kinshasa, la décision n’est pas passée inaperçue dans les milieux financiers. La Banque centrale du Congo (BCC) s’apprête à bouleverser en profondeur les règles du jeu monétaire. À partir de 2027, elle deviendra l’unique institution habilitée à importer physiquement des devises étrangères, mettant fin à un système jusque-là partagé avec les banques commerciales.

Une réforme technique en apparence, mais aux implications considérables pour une économie où le dollar règne en maître depuis des décennies.

Reprendre le contrôle du dollar

Dans les faits, cette mesure consacre une centralisation totale de l’entrée des devises sur le territoire congolais. Les banques commerciales, jusqu’ici autorisées à importer billets en dollars ou en euros, devront désormais passer par la BCC.

Derrière cette décision, un objectif clair : reprendre le contrôle de la liquidité en devises et mieux encadrer leur circulation dans l’économie.

Car en RDC, la dollarisation reste profonde. Dans les grandes villes, loyers, frais scolaires ou transactions commerciales se règlent encore majoritairement en billets verts. Une situation qui limite la marge de manœuvre de la politique monétaire nationale.

La fin programmée du cash en devises

Mais la réforme ne s’arrête pas là. À partir du 9 avril 2027, un autre tournant s’annonce : les paiements en espèces en devises seront interdits sur toute l’étendue du territoire.

Dollars et euros ne disparaîtront pas des transactions, mais leur usage sera strictement encadré. Ils devront désormais transiter par des circuits formels : banques commerciales, cartes bancaires, ainsi que services de mobile money.

Un changement de paradigme dans un pays où le cash reste le mode de paiement dominant, y compris dans les transactions importantes.

Traçabilité, lutte contre la fraude et souveraineté monétaire

Pour les autorités, cette réforme répond à plusieurs impératifs. D’abord, renforcer la traçabilité des flux financiers, dans un contexte marqué par la prépondérance des circuits informels. Ensuite, lutter contre le blanchiment d’argent et les fuites de capitaux.

Mais au-delà de ces objectifs techniques, c’est une véritable stratégie de souveraineté monétaire qui se dessine.

En centralisant l’importation des devises, la BCC espère : stabiliser le taux de change, améliorer sa capacité d’intervention sur le marché, et, à terme, redonner de la place au franc congolais dans les échanges quotidiens.

Un pari risqué dans une économie informelle

Reste une question de taille : celle de la faisabilité. Dans une économie où une large partie des transactions échappe encore au système bancaire, la transition vers des paiements digitalisés pourrait se heurter à des résistances.

Manque d’inclusion financière, accès limité aux services bancaires, méfiance envers les institutions : autant de défis que les autorités devront relever pour éviter que la réforme ne pousse davantage d’acteurs vers l’informel.

Un virage stratégique à l’horizon 2027

Malgré ces incertitudes, la réforme marque une rupture. Elle traduit la volonté des autorités congolaises de moderniser le système financier et de réduire la dépendance structurelle au dollar.

À l’horizon 2027, c’est tout un modèle économique qui pourrait évoluer : moins de cash, plus de traçabilité, et une Banque centrale au cœur du dispositif.

Un pari audacieux. Et, pour la RDC, peut-être le début d’un long chemin vers une véritable autonomie monétaire.

René Mabaya

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