
À l’occasion de la Conférence Import-Export organisée à Lubumbashi par la Fédération des entreprises du Congo (FEC), le Directeur général de la Société nationale de chemin de fer du Congo (SNCC), Fabien Mutomb, est intervenu sur le thème : « Transport multimodal et conteneurisation : modernisation du chemin de fer et connectivité des voies de communication ».
Face aux opérateurs économiques, le patron de la SNCC a dressé un diagnostic sans détour du déclin du rail congolais, tout en présentant les réformes engagées pour repositionner le chemin de fer comme levier stratégique du développement national.
Les choix politiques à l’origine du recul du rail
Dans son intervention, Fabien Mutomb a estimé que les difficultés actuelles du réseau ferroviaire trouvent leur origine dans des décisions politiques passées ayant privilégié le transport routier au détriment du rail.
Il a rappelé qu’à une époque, une grande partie de la production de Gécamines transitait par le train. Mais l’essor du transport routier, soutenu selon lui par certains décideurs impliqués dans ce secteur, aurait progressivement marginalisé les chemins de fer.
« Ils ont délaissé les chemins de fer au profit de leur business. Conclusion, c’est ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui », a-t-il déclaré.
Le gouvernement mise sur la relance ferroviaire
Selon le Directeur général de la SNCC, les autorités actuelles avec en tête le Président de la République Félix Tshisekedi, ont compris qu’aucun véritable processus de développement ne peut se construire sans un réseau ferroviaire performant.
« Le pouvoir actuel est arrivé à comprendre que sans le chemin de fer, il sera très difficile d’amorcer les processus de développement », a-t-il affirmé.
Parmi les mesures engagées, il a cité la mise en place d’une redevance logistique terrestre destinée à financer la réhabilitation des infrastructures ferroviaires.
La « démocratisation du chemin de fer », une nouvelle approche
Autre innovation mise en avant : la démocratisation du chemin de fer. Ce mécanisme consiste à ouvrir les infrastructures de la SNCC à des partenaires privés disposant de locomotives ou de wagons afin d’exploiter ensemble certaines lignes.
« Si vous avez votre locomotive ou vos wagons, venez, nous allons travailler ensemble et nous allons nous répartir les recettes », a expliqué Fabien Mutomb.
Dans ce modèle, la SNCC percevrait 60 % des recettes, contre 40 % pour l’opérateur privé. Une formule destinée à accroître la capacité de transport, améliorer la vitesse commerciale et relancer l’activité ferroviaire sans attendre la réhabilitation totale du réseau.
Réhabiliter le rail, un chantier coûteux
Le responsable de la SNCC a toutefois reconnu que la modernisation des rails exige des investissements lourds et une forte implication de l’État.
« Les rails, c’est une affaire de gros sous », a-t-il insisté, soulignant que la reconstruction du réseau ne peut se faire sans un accompagnement public durable.
Vers des états généraux du chemin de fer
Enfin, Fabien Mutomb a plaidé pour l’organisation d’états généraux du chemin de fer afin de réfléchir collectivement à l’avenir du secteur.
Dans une province minière comme le Haut-Katanga, où la logistique demeure un enjeu majeur pour les exportations, la relance du rail apparaît de plus en plus comme une nécessité économique stratégique.
Junior Ngandu